Comment reconnaître une image fabriquée par IA
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Une photo choc circule, un avis client affiche un portrait trop parfait, un fournisseur présente des réalisations impeccables. Vraies images ou fabrications ? Voici les indices qui trahissent encore les IA, et pourquoi il faudra bientôt d’autres réflexes.
Le pape en doudoune, ou la leçon de 2023
En 2023, une photo du pape François en grosse doudoune blanche a fait le tour du monde. Des millions de personnes y ont cru, des médias l’ont relayée. Elle sortait d’un outil d’IA. Depuis, la qualité a encore progressé : les images les plus soignées passent aujourd’hui l’examen d’un œil pressé sans éveiller le moindre soupçon.
Pour un patron de TPE, l’enjeu est très concret : faux avis illustrés, fausses photos de réalisations chez un concurrent, fausses promotions imitant une enseigne connue pour vous soutirer un paiement. Savoir douter au bon moment est devenu une compétence professionnelle à part entière.
Les mains, les dents, les bijoux : le corps trahit
Les IA ont longtemps buté sur les mains : six doigts, phalanges tordues, poignets impossibles. Cela s’est nettement amélioré, mais les extrémités restent le premier endroit à inspecter. Comptez les doigts, regardez les bagues qui se fondent dans la peau, les lunettes qui fusionnent avec les cheveux, les dents trop nombreuses ou trop régulières.
Observez aussi la peau et les arrière-plans. Une peau trop lisse, comme cirée, sans pores ni petits défauts, doit alerter. Derrière le sujet principal, cherchez les visages de foule déformés, les jambes qui n’appartiennent à personne, les chaises aux pieds surnuméraires. L’IA soigne le centre de l’image et bâcle souvent les bords.
Les textes et les enseignes : le point faible persistant
Zoomez sur le moindre texte visible : enseigne de magasin, étiquette, affiche, plaque de rue. Les IA produisent souvent des lettres presque justes, des mots inventés, des accents fantaisistes. Une devanture qui affiche un mot dont une lettre semble dessinée de travers est un signal fort.
Même vigilance pour les logos et symboles : presque la bonne marque, mais pas exactement. Un maillot au sponsor illisible, un panneau routier aux proportions étranges, un clavier d’ordinateur aux touches incohérentes. Le texte demande une précision que ces outils n’atteignent pas encore de façon fiable.
Reflets, ombres et logique de la scène
La physique reste difficile à imiter. Vérifiez les ombres : partent-elles toutes dans la même direction, avec la même intensité ? Les reflets dans les vitrines, les lunettes ou les miroirs montrent-ils vraiment ce qui devrait s’y refléter ? Un miroir qui renvoie une autre scène est un grand classique de la fabrication.
Interrogez ensuite la logique d’ensemble : une échelle qui ne repose sur rien, une poignée de porte à mi-hauteur, une fourchette plantée dans le vide, un vélo au guidon dédoublé. L’IA compose des images vraisemblables, pas des scènes cohérentes. Posez-vous une question simple : ce moment a-t-il pu exister ?
Les outils de vérification, utiles mais pas infaillibles
Le premier réflexe reste la recherche d’image inversée, avec Google Lens ou TinEye. Elle retrouve l’origine d’une photo et révèle si elle circule depuis des années ou vient d’apparaître de nulle part. C’est gratuit et cela prend moins d’une minute.
Des détecteurs d’images IA existent en ligne, mais soyez lucide : ils se trompent régulièrement, dans les deux sens. Piste plus sérieuse, plusieurs grands acteurs comme Google, Adobe ou OpenAI attachent désormais à leurs images des informations d’origine invisibles, une sorte d’étiquette de provenance. Limite honnête : un recadrage ou une simple capture d’écran suffit souvent à la faire disparaître.
Demain, l’indice ne sera plus dans l’image
Chaque génération d’outils corrige les défauts de la précédente. Les mains sont presque réglées, les textes progressent vite, les reflets suivront. Miser sur les défauts visuels est une stratégie qui expire : ce qui trahit une image aujourd’hui ne la trahira plus dans un an ou deux.
Le réflexe durable ne porte pas sur les pixels mais sur la source. Qui publie cette image ? Ce compte existe-t-il depuis longtemps ? Un média fiable la reprend-il ? L’auteur peut-il montrer d’autres photos du même moment ? C’est ainsi que travaillent les journalistes spécialisés. Douter d’abord, partager ensuite, et jamais dans l’autre sens.