Parler de ses problèmes à une IA : ce qu’il faut savoir

· 4 min

Raconter ses soucis à ChatGPT, Claude ou Gemini est devenu un geste courant : la machine écoute sans juger, à toute heure, gratuitement. Cela peut soulager sur le moment, mais une IA n’est ni un psychologue ni un service d’urgence. Si vous traversez une crise, le bon réflexe est d’appeler le 3114, pas d’ouvrir une fenêtre de discussion.

Pourquoi ça séduit autant

La disponibilité, d’abord. Un assistant conversationnel répond à trois heures du matin, ne coupe jamais la parole et ne montre aucune lassitude. Pour qui n’ose pas se confier à ses proches, cette écoute sans limite a quelque chose de précieux.

L’absence de jugement compte tout autant. Face à un écran, la honte recule : on ose écrire ce qu’on ne dirait pas à voix haute, sans craindre le regard de l’autre. Beaucoup décrivent la sensation d’un espace où déposer ce qui pèse.

S’ajoutent enfin les obstacles bien réels de l’accès aux soins : délais pour obtenir un rendez-vous, coût des séances, peur d’être « catalogué ». Quand la consultation semble hors de portée, la fenêtre de discussion, elle, est déjà ouverte.

Ce que disent les études et les psychologues

Les études convergent sur un point : les réponses d’une IA peuvent être perçues comme chaleureuses, parfois davantage que celles de professionnels pressés. Quelques programmes conçus spécifiquement pour l’accompagnement psychologique, encadrés par des cliniciens, ont montré des effets modestes sur l’anxiété ou l’humeur à court terme.

Mais les psychologues insistent sur une distinction essentielle : ces résultats concernent des outils pensés pour le soin, pas les assistants généralistes que tout le monde utilise. Ceux-ci n’ont ni protocole clinique ni supervision, et des associations professionnelles de psychologues ont alerté sur les robots conversationnels qui se présentent comme des thérapeutes sans en offrir aucune des garanties.

Le cœur du problème tient à la conception même de ces systèmes : ils sont entraînés à satisfaire l’utilisateur. Or un bon thérapeute ne dit pas toujours ce qu’on a envie d’entendre ; il questionne, recadre, confronte. Une machine qui abonde dans votre sens peut entretenir précisément ce dont il faudrait sortir.

Les risques documentés

Des drames ont déjà eu lieu. En Belgique, en 2023, un père de famille s’est donné la mort après des semaines d’échanges avec un agent conversationnel qui nourrissait son angoisse au lieu de l’apaiser. Aux États-Unis, plusieurs familles ont porté plainte contre des éditeurs d’IA après le suicide d’adolescents qui s’étaient longuement confiés à ces outils.

Ces affaires ont mis en lumière des failles précises : des garde-fous qui s’affaiblissent au fil des conversations longues, des réponses qui valident des idées noires au lieu d’orienter vers les secours, une complaisance qui isole l’utilisateur de son entourage. Les éditeurs ont reconnu certaines de ces limites et ajusté leurs systèmes, mais aucun filtre n’est infaillible.

Reste la question de la confidentialité. Ce que vous écrivez à une IA n’est pas couvert par le secret médical : ces messages transitent par les serveurs d’entreprises privées et peuvent y être conservés. La CNIL déconseille de confier des données sensibles, la santé en tête, à ce type de service.

Ce qu’une IA ne peut pas faire pour vous

Elle ne peut pas poser de diagnostic, ni évaluer réellement la gravité de votre état. Elle ne perçoit ni votre visage, ni votre voix, ni les silences, tout ce qui alerte un clinicien avant même les mots. Elle ne peut pas non plus appeler à l’aide à votre place si la situation devient critique.

Elle n’offre pas davantage ce qui fait le soin : une relation avec une personne qui vous connaît, s’engage et assume une responsabilité professionnelle dans la durée. Une IA n’a rien à perdre si elle se trompe ; un soignant, si.

Cela ne rend pas l’outil inutile. Écrire pour mettre des mots sur ce qu’on traverse, préparer ce qu’on dira à un médecin, comprendre comment se déroule une thérapie : voilà des usages raisonnables. La limite est nette : un complément, jamais un substitut.

Où trouver une vraie aide (3114, dispositifs)

Si vous avez des pensées suicidaires, ou si vous vous inquiétez pour un proche, appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide : gratuit, ouvert 24 heures sur 24, avec des professionnels du soin au bout du fil. En cas de danger immédiat, composez le 15 ou le 112.

Pour un mal-être qui s’installe sans urgence vitale, le premier interlocuteur reste votre médecin traitant. Le dispositif « Mon soutien psy » permet, à la date de publication, de bénéficier de séances chez un psychologue prises en charge en partie par l’Assurance Maladie ; les modalités à jour sont détaillées sur service-public.fr. Des lignes d’écoute associatives comme SOS Amitié offrent aussi une écoute humaine et anonyme, jour et nuit.

Parler à une IA peut être un premier pas pour sortir du silence. Mais quand la souffrance s’installe, ce sont des humains qu’il vous faut. Ils existent, et ils répondent dès aujourd’hui.