Demander un avis médical à ChatGPT : utile ou risqué ?

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Oui, on peut poser une question de santé à ChatGPT, et beaucoup de gens le font avant même d’appeler leur médecin. Bien utilisé, l’outil aide à comprendre un terme obscur ou à préparer une consultation. Mal utilisé, il devient une machine à autodiagnostics, tantôt rassurants tantôt alarmants, avec des erreurs bien documentées à la clé.

Pourquoi tant de gens consultent l’IA d’abord

Le réflexe ne sort pas de nulle part. Obtenir un rendez-vous médical prend parfois des semaines, certains territoires manquent de praticiens, et l’inquiétude, elle, ne prend pas rendez-vous. Un assistant conversationnel répond immédiatement, à toute heure, sans salle d’attente ni sentiment de déranger pour « pas grand-chose ».

S’ajoute un facteur plus intime : on ose tout demander à une machine. Les symptômes gênants, les questions qu’on n’a pas posées pendant la consultation parce que tout allait trop vite, la peur de paraître ignorant. Là où « docteur Google » renvoyait dix pages contradictoires, ChatGPT produit une réponse unique et structurée, formulée avec assurance. C’est précisément ce qui le rend séduisant, et parfois trompeur.

Ce qu’elle fait bien : comprendre et préparer

Sur la compréhension, ces outils rendent un vrai service. Ils traduisent en langage courant un compte rendu d’examen, expliquent ce que mesure une prise de sang, résument ce qu’est une pathologie dont on vient d’entendre le nom pour la première fois. Pour quelqu’un qui ressort d’une consultation avec plus de questions que de réponses, c’est loin d’être négligeable.

L’autre usage pertinent, c’est la préparation. Décrire ses symptômes par écrit, établir la chronologie de ce qui arrive, lister les questions à poser au médecin : l’IA aide à structurer tout cela, et une consultation bien préparée est une consultation plus utile. On peut aussi lui demander comment fonctionne le parcours de soins, ce que fait tel spécialiste ou comment se déroule tel examen.

Le point commun de ces usages : l’outil éclaire une démarche qui reste médicale. Il travaille sur des connaissances générales, jamais sur votre corps, vos antécédents ou vos analyses.

Les erreurs documentées qui peuvent coûter cher

Le problème commence quand on demande un diagnostic ou une conduite à tenir. Ces systèmes produisent le texte le plus plausible, pas le plus vrai : ils peuvent inventer une information avec un aplomb parfait, ce que les chercheurs appellent des « hallucinations ». Les équipes médicales qui les ont testés publient des résultats très variables, avec de bonnes réponses sur des cas simples et des erreurs franches sur des situations atypiques, celles justement où l’on aurait besoin d’aide.

Des cas concrets existent. En 2025, une revue médicale américaine a rapporté l’hospitalisation d’un homme intoxiqué après avoir remplacé le sel de table par un composé chimique évoqué au fil d’une conversation avec ChatGPT. L’exemple est extrême, mais il illustre le mécanisme : une réponse plausible, formulée sans nuance, prise pour un avis fiable.

S’ajoute un biais plus discret : ces assistants ont tendance à aller dans le sens de l’utilisateur. Décrivez vos symptômes en les minimisant, la réponse rassure ; décrivez-les en dramatisant, elle s’alarme. Un médecin, lui, vous examine et recoupe ce qu’il observe avec votre histoire.

Les bons réflexes avant et après consultation

Premier réflexe : ne jamais décider seul à partir d’une réponse d’IA. Ni commencer un traitement, ni en modifier la dose, ni en arrêter un. Ce qui sort de la machine est une piste de discussion à apporter au médecin, pas une prescription.

Deuxième réflexe : vérifier sur des sources fiables. Ameli.fr, les fiches de service-public.fr et les sites des autorités sanitaires donnent une information validée. Pour une question sur un médicament, le pharmacien répond sans rendez-vous.

Troisième réflexe : protéger ses données. Ce que vous confiez à un assistant en ligne n’est pas couvert par le secret médical, et la CNIL invite à la prudence avant de transmettre des informations personnelles sensibles à ces services. Posez vos questions en termes généraux, sans nom, sans date de naissance, sans résultats d’examens nominatifs.

Urgences et santé mentale : les vrais numéros

Un point ne souffre aucune nuance : en cas d’urgence, on n’ouvre pas une application de conversation. Douleur dans la poitrine, difficulté à respirer, malaise, signes d’un AVC : appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Le 114 permet aux personnes sourdes ou malentendantes d’alerter les secours par SMS.

Pour la détresse psychique, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement, jour et nuit. Des conversations entre des personnes en crise et des assistants d’IA ont déjà mal tourné faute de détection de la gravité : un outil généraliste n’est pas un dispositif d’écoute, encore moins un soignant.

L’équilibre tient en une phrase : ChatGPT peut vous aider à mieux comprendre la médecine et à mieux parler à votre médecin. Le jour où quelque chose ne va pas, c’est vers un professionnel qu’il faut se tourner, et l’IA aura été utile si elle vous y amène mieux préparé.