Vos conversations ChatGPT sont-elles privées ?

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Pas vraiment, en tout cas pas par défaut. Vos échanges avec ChatGPT sont conservés par OpenAI, peuvent être relus par des équipes habilitées et, sur les comptes grand public, servent à entraîner les futurs modèles tant que vous n’avez rien désactivé. Quelques réglages simples changent sérieusement la donne.

Ce que l’éditeur conserve et pourquoi

OpenAI garde par défaut l’intégralité de votre historique de conversations, ainsi que des informations techniques : adresse IP, type d’appareil, données d’usage. Cette conservation sert d’abord le confort, comme retrouver ses échanges d’un appareil à l’autre, mais aussi la sécurité : des employés ou des prestataires habilités peuvent lire des extraits de conversations pour détecter les abus ou traiter un incident.

Supprimer une conversation ne l’efface pas instantanément des serveurs. À la date de publication, OpenAI annonce un délai de suppression de l’ordre de trente jours, sauf obligation légale de conservation. S’y ajoute la fonction mémoire : ChatGPT retient des informations vous concernant d’une conversation à l’autre, votre métier, vos préférences, le prénom de vos enfants si vous l’avez mentionné, et cette mémoire persiste tant que vous ne la videz pas.

L’entraînement sur vos données : le désactiver

Sur les offres grand public, gratuites ou payantes, vos conversations peuvent alimenter l’entraînement des modèles, sauf refus explicite de votre part. Le réglage se trouve dans les paramètres, rubrique « Contrôles des données », option « Améliorer le modèle pour tout le monde » : décochez-la. Vos échanges restent conservés, mais ils ne servent plus à l’apprentissage.

Les offres professionnelles, Team, Enterprise ou l’accès réservé aux développeurs, fonctionnent à l’inverse : pas d’entraînement sur vos données par défaut. C’est l’une des raisons pour lesquelles les entreprises qui manipulent des informations sensibles privilégient ces formules plutôt que des comptes individuels.

Il existe aussi le « chat éphémère » : la conversation n’apparaît pas dans l’historique, n’alimente ni la mémoire ni l’entraînement, mais elle reste conservée temporairement par OpenAI pour des contrôles de sécurité. Éphémère ne veut donc pas dire invisible.

Les cas de fuites et de réquisitions documentés

Les incidents ne relèvent pas de la théorie. En mars 2023, un bug a affiché à certains utilisateurs des titres de conversations venant d’autres comptes, ainsi que des données partielles de facturation. L’autorité italienne de protection des données avait alors bloqué ChatGPT plusieurs semaines dans le pays, le temps d’obtenir des garanties.

À l’été 2025, des conversations partagées via l’option de lien public se sont retrouvées indexées par les moteurs de recherche, exposant des échanges parfois très personnels. OpenAI a retiré la fonction en cause, mais l’épisode rappelle une évidence : un lien de partage est une publication.

La justice s’en mêle aussi. Dans le cadre du litige qui l’oppose au New York Times, OpenAI s’est vu ordonner en 2025 de conserver des conversations d’utilisateurs, y compris supprimées. Autrement dit, un échange avec un chatbot peut être réclamé dans une procédure, comme n’importe quel document.

Les 5 réglages à changer maintenant

Premier geste : désactiver l’option « Améliorer le modèle pour tout le monde » dans les contrôles des données. Deuxième : ouvrir la rubrique mémoire, regarder ce que ChatGPT a retenu de vous, effacer ce qui n’a rien à y faire, voire couper la fonction entièrement si elle vous met mal à l’aise.

Troisième : prendre le réflexe du chat éphémère pour tout sujet sensible, qu’il s’agisse de santé, d’argent, d’un conflit ou d’un dossier client. Quatrième : passer en revue vos liens partagés, dont la liste figure dans les paramètres, et supprimer ceux qui n’ont plus de raison d’exister.

Cinquième : activer la double authentification sur votre compte. Beaucoup de fuites individuelles viennent d’un mot de passe compromis plutôt que d’une faille de l’éditeur ; c’est le réglage le moins spectaculaire et sans doute le plus rentable.

Ce qu’il ne faut jamais écrire dans un chatbot

Certaines informations n’ont leur place dans aucun assistant en ligne, quels que soient les réglages : mots de passe, numéros de carte bancaire, pièces d’identité, données médicales permettant de vous identifier. Une règle simple aide à trancher : n’écrivez rien que vous n’enverriez pas par e-mail à un inconnu.

Le cas professionnel mérite une vigilance particulière. Si vous collez dans ChatGPT des données de clients, de patients ou de salariés, vous restez responsable de ce traitement au regard du RGPD, réglages ou pas. La CNIL publie des recommandations sur l’usage de ces outils ; pour une situation juridique précise, notamment après une fuite avérée, le bon réflexe est de consulter un professionnel du droit ou les ressources officielles de la CNIL.