CGV et mentions légales avec l’IA : jusqu’où peut-on aller ?

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Vingt minutes avec un modèle d’IA, et vos conditions générales de vente ont l’air parfaitement professionnelles. C’est précisément là que le danger commence. Voici ce que l’IA prépare bien, ce qu’elle rate, et le moment où le passage chez un professionnel du droit ne se discute plus.

Quatre pages impeccables, en apparence

Un créateur d’entreprise reçoit un devis de plusieurs centaines d’euros pour la rédaction de ses CGV. Il ouvre ChatGPT, décrit son activité, et obtient en quelques minutes quatre pages structurées, avec des articles numérotés et des références au Code de la consommation. Le texte a l’air si sérieux que la question se pose naturellement : pourquoi payer ?

Le problème se résume ainsi : ce texte est plausible, pas forcément valable. Un modèle d’IA écrit ce qui ressemble à des CGV correctes, en s’inspirant de milliers de documents, y compris étrangers ou périmés. Pour un non-juriste, la clause solide et la clause décorative sont indiscernables. On ne découvre la différence que le jour du litige.

Ce que l’IA fait honnêtement bien

Elle excelle comme professeur particulier. Demandez-lui d’expliquer une clause de réserve de propriété, le droit de rétractation ou les pénalités de retard en français courant : vous comprendrez enfin ce que vous signez, chez vous comme chez vos fournisseurs. Vous pouvez aussi lui soumettre vos CGV actuelles et lui demander ce qui semble manquer par rapport aux usages de votre activité.

Elle sert aussi de brouillon. Une liste des sujets à couvrir pour votre métier, une première trame à annoter, des questions précises à poser à un juriste : autant de travail préparatoire qui fait gagner du temps à tout le monde. Tant que le document reste un support de travail, l’exercice est sans risque.

Des CGV ne se copient pas d’une activité à l’autre

C’est le cœur du problème. Un e-commerçant qui vend à des particuliers doit gérer un droit de rétractation strict. Un artisan du bâtiment engage des garanties spécifiques. Un prestataire de services joue sa trésorerie sur les clauses d’acompte et de délai. Un restaurateur, un thérapeute, un formateur relèvent encore d’autres règles. Le texte générique qui prétend couvrir tout le monde ne protège personne.

S’ajoute un défaut propre aux modèles d’IA : ils mélangent parfois les régimes juridiques, citent des articles de loi qui n’existent pas ou plus, et ignorent les réformes récentes. Le droit bouge, leurs connaissances s’arrêtent à une date qu’ils ne connaissent pas toujours eux-mêmes. Une clause périmée bien rédigée reste une clause périmée.

Mentions légales : le cas le moins risqué

Toutes les pages juridiques ne se valent pas. Les mentions légales d’un site sont largement standardisées : identité de l’entreprise, coordonnées, hébergeur, responsable de la publication, sort des données personnelles. Sur ce terrain balisé, une trame préparée par l’IA puis vérifiée point par point est une aide raisonnable, surtout pour un site vitrine sans vente en ligne.

Vérifiez tout de même les points sensibles : le volet données personnelles doit refléter ce que votre site fait vraiment, et beaucoup d’entreprises qui vendent à des particuliers doivent mentionner un médiateur de la consommation. Un oubli ici n’est pas un détail cosmétique, il peut coûter une amende. Cinq minutes de vérification valent mieux qu’un copier-coller confiant.

Quand le juriste n’est pas négociable

Quatre situations imposent une relecture professionnelle : vous vendez en ligne à des particuliers, votre activité est réglementée (santé, alimentaire, finance, immobilier), vos contrats portent sur des montants élevés, ou vos CGV limitent votre responsabilité. Dans ces cas, la relecture coûte quelques centaines d’euros. Un litige mal armé en coûte facilement dix fois plus, sans compter le temps et le sommeil.

La bonne nouvelle : arriver chez un avocat avec une trame déjà construite et des questions précises change la nature du rendez-vous. Le professionnel corrige au lieu de partir de zéro, la facture s’en ressent, et vous comprenez ce que vous signez. L’IA n’a pas remplacé le juriste, elle a rendu son intervention plus courte et plus utile.

Préparer avec l’IA, signer avec un professionnel

La méthode raisonnable tient donc en trois temps. L’IA pour comprendre les notions et bâtir un brouillon adapté à votre activité. Vous pour annoter ce brouillon avec vos cas réels : acomptes, annulations, retards, litiges déjà vécus. Le professionnel du droit pour valider, corriger et assumer. Chaque acteur fait ce qu’il sait faire.

Pensez aussi à relire vos CGV une fois par an, car votre activité évolue plus vite que vos documents. Elles ne servent à rien tant que tout va bien : elles existent pour le jour du désaccord. Ce jour-là, devant un médiateur ou un tribunal, c’est le texte signé qui parle. Autant qu’il ait été relu par quelqu’un qui engage sa responsabilité.